L’auteur

Crédits photo Mathieu Bourgois

Professeur de philosophie et auteur, Marianne Chaillan est passionnée de philosophie et de culture pop.

Elle s’est imposée en quelques années comme l’auteur de référence en pop philosophie.

Séries, blockbusters, musique, mythologies pop, rien n’échappe à son regard philosophique.

Son ambition : promouvoir la culture populaire dont on pourrait considérer à tort qu’elle est une moindre culture et tendre une passerelle vers la philosophie qui n’est pas réservée à une élite ni condamnée à une abstraction hermétique.

Sa devise : apprendre tout en se divertissant et opposer à l’esprit de sérieux un gai savoir.

En 2013, paraît son premier essai Harry Potter à l’école de la philosophie qui dégage la philosophie présente dans la saga littéraire de l’auteur au succès planétaire J.K. Rowling.

En 2015, paraît La Playlist des philosophes. Dans cet ouvrage, elle imagine un voyage en chansons dans la pensée des grands auteurs. Quells chansons Platon aurait-il mis dans son Ipod ? Quelle est la bibliothèque philosophique d’un Jean-Jacques Goldman ? Stromae, Johnny Hallyday mais aussi Maître Gim’s, IAM, Eminem, les Stones et bien d’autres deviennent sous sa plume des tremplins vers la philosophie la plus classique.

En 2016, elle consacre un essai ludique à la série phare de HBO. Dans Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, elle analyse les personnages et les intrigues de la sériesous l’angle de la philosophie morale, de la métaphysique et de la philosophie politique.

En 2017 paraît Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux (Édition des Équateurs). Dans cet ouvrage, Marianne Chaillan propose de faire de la philosophie à partir des grands dessins animés de Disney, du Roi Lion à Aladdin en passant par La Reine des Neiges et La Petite Sirène.

En 2018, en plein débat autour de la révision des lois de bioéthique, paraît Pensez-vous vraiment ce que vous croyez penser ? (Édition des Équateurs) un ouvrage pétillant et truffé de références à la culture pop, qui invite le lecteur, à travers des expériences aussi drôles que stimulantes, à reconnaître les grandes familles de la philosophie morale et à se mettre au clair avec ses propres principes.

En février 2019, son nouvel opus Ainsi philosophait Amélie Nothomb paraît aux Éditions Albin Michel. Écrit « à la manière » d’Amélie Nothomb, ce conte philosophique est un voyage aussi drôle que méditatif qui invite le lecteur à découvrir autrement l’œuvre de la romancière mondialement célèbre.

Entretien

Qu’est-ce que la pop philosophie ?

La pop philosophie vise à montrer que la philosophie n’est pas seulement réservée à quelques intellectuels enfermés dans leur tour d’ivoire, s’exprimant dans un langage inaudible pour le commun des mortels.
Elle vise, en outre, à promouvoir la culture populaire et à montrer que cette dernière pense, dans son langage, avec ses propres codes, certaines questions qui traversent les grands textes classiques. Or, cette culture populaire est souvent considérée, à tort, comme une sous-culture.

Comment peut-on s’instruire en se divertissant ?

Telle était jadis la règle : « docere et placere », c’est-à-dire « instruire et divertir ». J’essaie de renouer avec cette pensée positive du divertissement. La philosophie est sérieuse mais cela n’implique pas pour autant qu’elle doive exclure ni le jeu ni la joie. La dimension essentielle et profonde de la philosophie ne doit pas la conduire à vouloir le paraître, notamment à travers un lexique obscur réservé à de seuls initiés ou une gravité de composition qui serait un gage de respectabilité.
Selon moi, le plaisir n’est pas l’ennemi de la philosophie ! On peut même opposer à l’esprit de sérieux un gai savoir ! Pourquoi la philosophie devrait-elle être austère ? On peut philosopher dans la joie. Certains pourraient y voir à tort une forme de renoncement à la rigueur. Rien ne serait plus faux. Avoir suscité l’enthousiasme des étudiants, des élèves ou des lecteurs est la condition de possibilité de l’effort intellectuel le plus exigeant qui soit. J’en suis témoin.

Comment vous est venue l’idée de cette analyse pop philosophique ?

En classe ! Mes élèves étaient totalement hermétiques à un texte de David Hume. C’est en récitant les paroles d’une chanson écrite par J-J. Goldman que j’ai capté leur attention. Le texte était simple, connu de tous et les interpellait. Les faire rire, aller les chercher sur un terrain extérieur s’est révélé le meilleur moyen de les conduire jusqu’au texte de Hume.

Après cette expérience, j’ai écrit “La Playlist des philosophes” dans lequel j’imagine que les philosophes ont connu l’ère des MP3 et des Ipod et qu’ils ont composé la playlist de leurs titres préférés. On s’initie à Heidegger en écoutant Alain Souchon ou à Schopenhauer en chantant du Stromae !

De la même manière, certaines sagas littéraires et cinématographiques au succès planétaire se révèlent être de formidables passerelles vers la philosophie. Mon premier livre, “Harry Potter à l’école de la philosophie”, propose ainsi d’emmener les lecteurs à Poudlard, la prestigieuse école de sorcellerie inventée par J. K. Rowling, pour y suivre, non pas seulement des cours de défense contre les forces du mal mais aussi…des cours de philosophie ! On découvre Platon ou les Stoïciens avec Harry Potter.

De même avec les séries télévisées : dans “Game of Thrones, une métaphysique des meurtres”, j’imagine une soirée télé en compagnie des plus grands experts de philosophie morale et politique pour déchiffrer les clés de la saga de George R.R. Martin. Je propose aux fans de la saga de voyager au Royaume des Sept Couronnes en compagnie des philosophes. Mon pari : démontrer que regarder Game of Thrones peut se révéler aussi instructif que divertissant.

Mon idée est que tout objet de la culture pop au succès pérenne et planétaire est nécessairement porteur d’une consistance réflexive.

La philosophie nous aide-t-elle à trouver le bonheur ?

J’ai donné pour titre à l’un de mes livres, consacré à Disney : « Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux », en jouant sur la phrase bien connue qui termine les contes.
J’y réaffirme la puissance de philosophie comme auxiliaire de vie. Dans l’antiquité, la philosophie était conçue comme une thérapeutique qui, en soignant les maux dont nous souffrons, nous permettait d’atteindre le bonheur, c’est-à-dire l’absence de troubles. Je crois en effet que la philosophie nous aide à vivre.
Et de même, je crois qu’il y a une sorte de contagion du bonheur. Tâcher de philosopher, c’est se disposer à être heureux et par là même y disposer nos proches.